Volume 4, Numéro 1, 1998/1999
Table des matières
Transférabilité et
mobilité : Vue d'ensemble
Par Paul J. Byrne
Président, Grant MacEwan Community College
Président, Groupe de travail sur la transférabilité et la mobilité, ACCC
Le Conseil des ministres de l'Éducation se penche actuellement
sur la transférabilité et la mobilité, deux questions importantes
auxquelles doit répondre le secteur de l'éducation postsecondaire au Canada. Le concept
de transférabilité fait en général référence à la reconnaissance de crédits entre
deux ou plusieurs établissements d'enseignement ou organismes de formation. Le concept de
mobilité fait normalement référence à la reconnaissance des titres de compétences par
les différentes autorités provinciales et territoriales.
Le but principal des ententes prévoyant le transfert des
crédits et la mobilité est de répondre aux besoins des apprenantes et apprenants en
facilitant le transfert de leurs apprentissages dun établissement
denseignement postsecondaire à un autre, dun employeur à un autre,
dune province ou dun pays à un autre, ou entres organismes dagrément
professionnels. La transférabilité a pour objectif déliminer les barrières
inutiles qui font obstacle à la mobilité des apprenantes et des apprenants.
Transférabilité
Le transfert des crédits d'un établissement ou dun
organisme à un autre offre des possibilités et des défis intéressants aux apprenantes
et apprenants dans tout le Canada. Plusieurs provinces ont mis en place des programmes de
transfert formels qui permettent aux étudiantes et étudiants d'effectuer leurs deux
premières années universitaires dans un collège (ces programmes existent en Alberta, en
Colombie-Britannique et au Québec). Dans la plupart de ces programmes de transfert,
cest effectivement un collège qui offre le programme détudes dune
université. Les « conseils de transfert » (par exemple ceux de la
Colombie-Britannique, de Terre-Neuve/Labrador et de l'Alberta) sont un autre moyen
détablir et didentifier les possibilités de transfert qui soffrent aux
étudiantes et étudiants. Ces conseils favorisent la création daccords de
transfert (reconnaissance des crédits) entre les établissements postsecondaires
dune province. Toutefois, étant donné quils jouent principalement le rôle
de bureau central pour la diffusion de linformation, ces conseils ont rarement
lautorité de mandater des transferts. Des consortiums, comme Contact South en
Ontario, permettent aux établissements membres de créer certains cours qui sont ensuite
utilisés et reconnus par les membres des consortiums dans le cadre du transfert de
crédits. Ces consortiums deviennent de plus en plus populaires. Il existe plusieurs
modèles qui comprennent normalement des arrangements pour que le programme détudes
de létablissement délivrant les titres soit offert dans un autre établissement.
Divers établissements et organismes ont, d'autre part, passé
une multitude d'accords dans le but de faciliter le transfert des crédits. Cependant, ces
accords ne sont pas toujours bien connus ni très bien compris par les apprenants. Le
transfert de crédits ou d'acquis d'un organisme autre qu'un établissement
d'enseignement, par exemple d'un organisme du secteur privé ou industriel, d'une
association ou d'un syndicat, n'est pas courant et nest pas facile à mettre en
oeuvre. Cependant, il existe des exemples de partenariat et de collaboration en matière
de formation, comme l'accord entre le Conseil canadien du commerce et de l'emploi dans la
sidérurgie et divers établissements d'enseignement, qui peuvent servir de modèles de
transfert. On a aussi de plus en plus recours à lévaluation et la reconnaissance
des acquis (ERA) pour évaluer le niveau d'apprentissage d'un étudiant par rapport à un
cours ou un programme particulier. De plus, la création de grades pour les études
appliquées peut offrir aux apprenantes et apprenants (et aux employeurs) d'intéressantes
possibilités de transfert de crédits parmi les collèges, les universités et le milieu
du travail.
Malgré l'existence de tous ces types d'accords et de
démarches, la transférabilité de crédits entre deux établissements d'enseignement
n'est pas sans obstacles. Par exemple, lorsque le nom des cours, le nombre de crédits
accordés, ou la séquence des cours de deux établissements ne correspondent pas, les
étudiants doivent parfois reprendre des cours semblables ou même des semestres entiers
dun programme qu'ils avaient déjà terminés ailleurs. Il n'y a pas que dans les
collèges ou les instituts techniques que l'on retrouve ce genre de situation. Fait
intéressant, on peut demander à un diplômé universitaire de faire les deux ou trois
années menant à un diplôme collégial sans aucun transfert de crédits ou très peu. De
la même manière, le titulaire d'un diplôme collégial désirant obtenir un grade
universitaire nobtient souvent aucun transfert de crédits ou très peu. Les
étudiantes et étudiants qui possèdent une expérience postsecondaire peuvent être
appelés à satisfaire aux conditions dadmission sils désirent suivre un
programme menant à un grade universitaire.
Mobilité
Pouvoir chercher un emploi dans une autre partie du Canada
résume toute la question de la mobilité pour les diplômés des collèges et des
instituts techniques. Des statistiques publiées récemment par Développement des
ressources humaines Canada mettent en évidence l'importance de ces questions. Plus de
500 000 travailleuses et travailleurs canadiens cherchent du travail dans une autre
province ou un autre territoire chaque année et plus de 50 pour cent de ces personnes ont
entre 20 et 29 ans. En outre, trois millions de Canadiennes et de Canadiens ont des
emplois réglementés et peuvent avoir des problèmes associés à la reconnaissance
« provinciale » de leurs qualifications.
La mobilité ou la reconnaissance de diplômes dans d'autres
provinces ou territoires est une question complexe qui, souvent, concerne en même temps
des organismes déducation et de formation, des organismes de réglementation et des
associations professionnelles. Par exemple, on exige souvent un nouveau test ou un cours
supplémentaire, pratique particulièrement bizarre lorsque le programme d'études de
l'étudiant dans les deux provinces offre des compétences identiques. Même si certains
mécanismes sont en place, comme le Programme du sceau rouge interprovincial, qui permet
aux apprentis de se déplacer plus facilement entre les provinces et territoires, il reste
à établir la majorité de ces mécanismes.
Pourquoi la transférabilité et la mobilité sont-elles
importantes?
Pourquoi les éducateurs du postsecondaire devraient-ils tant se
soucier de la transférabilité et de la mobilité? À mon avis, pour trois raisons
principales : à savoir, le coût de participation à l'éducation postsecondaire (niveau
d'endettement des étudiants), la transformation du marché de lemploi , et la
survie dans une économie mondiale compétitive.
L'augmentation des frais de scolarité et des frais
supplémentaires, et par là de l'endettement des étudiants, font l'objet de discussions
dans la plupart des associations d'étudiants et des gouvernements. Cependant, ces frais
ne sont pas aussi importants que les frais de subsistance et la « perte
d'opportunité » pendant les années d'éducation postsecondaire. Lorsqu'une
personne doit refaire un semestre ou deux parce que les études effectuées ailleurs ne
sont pas reconnues dans le cadre du transfert de crédits, elle doit s'assurer de pouvoir
couvrir les frais de subsistance et la perte de revenu potentielle avant de prendre la
décision de s'inscrire à des cours. Cette situation est d'autant plus accablante qu'elle
signifie une perte de productivité pour le Canada alors que le marché mondial est de
plus en plus compétitif et changeant.
La transformation du marché de lemploi comprend,
entre autres, laugmentation du travail à contrat et du travail à temps partiel, la
diminution du nombre demplois permanents/à temps plein, de même quune
demande accrue pour certaines compétences non techniques, telles que le travail en
équipe, la résolution de problèmes et la capacité de sadapter rapidement à de
nouvelles circonstances. Les étudiantes et étudiants qui ont besoin de nouvelles
compétences possèdent souvent une expérience d'apprentissage qui pourrait être
reconnue dans le cadre d'un programme d'études. Ce n'est pas une solution que de
reprendre des cours ou de réacquérir des compétences lorsque cela n'est pas
nécessaire. Faire reconnaître ses années d'apprentissage tout en s'appuyant sur les
compétences acquises sera essentiel pour les travailleurs à qui l'on demande de
poursuivre leur éducation postsecondaire en raison de changements dans le milieu du
travail, si lon veut quils continuent à avoir un emploi.
Étant donné laccroissement des possibilités
demplois sur le marché mondial pour nos diplômés canadiens, la question
de la mobilité prend encore plus dimportance. Souvent, le manque de reconnaissance
des certificats et diplômes à lextérieur du Canada est attribuable au fait que
lon napprécie pas la rigueur et la qualité de ces titres. Si nous tenons à
ce que les diplômés des collèges et des instituts techniques aient toute la mobilité
voulue sur la scène mondiale, il faudra trouver des moyens daccroître la
reconnaissance des certificats et diplômes dans un monde où « le grade passe avant
tout ». Dans un pareil contexte, le transfert des crédits et la reconnaissance des
acquis constituent sans doute un défi de taille. En Europe, il existe un programme
spécial (ERASMUS) qui vise à améliorer la qualité de léducation de même que la
dimension européenne de lenseignement supérieur (y compris les secteurs non
universitaires). À lheure actuelle, 15 États membres de lUnion européenne
et plusieurs États de lEurope du nord et de lest participent au système de
transfert de crédits européen (le European Credit Transfer System ou ECTS). Ce système
permet aux étudiantes et étudiants daller dun établissement dun autre
pays membre à nimporte quel autre établissement dun pays membre et de
transférer tous leurs crédits.
Le rôle des collèges et des instituts techniques
Nous devons encourager le transfert de crédits et améliorer la
mobilité de nos diplômés. L'amélioration et l'élargissement du travail des conseils
de transfert, les consortiums, lapprentissage axé sur les compétences et les
résultats, la reconnaissance des acquis et les partenariats avec l'entreprise et
l'industrie sont des mesures positives en vue d'accroître la transférabilité et la
mobilité au Canada.
Si les établissements d'enseignement postsecondaire sont vraiment résolus à
améliorer la transférabilité et la mobilité, nous devons alors travailler ensemble
afin déliminer les barrières et les impasses inutiles, et de créer de nouveaux
débouchés qui permettront aux Canadiennes et Canadiens de poursuivre leurs objectifs
d'apprentissage et leurs aspirations professionnelles. Le Groupe de travail sur la
transférabilité et la mobilité de l'Association des collèges communautaires du Canada
élabore actuellement un accord pancanadien qui offrira un cadre pour améliorer la
transférabilité et la mobilité. En donnant votre appui à cet accord, vous pouvez
contribuer à la création dun système qui permettra daccroître la
transférabilité et la mobilité de tous les Canadiens.