Volume 4, Numéro 1, 1998/1999
Table des matières
Vision d'une éducation
sans frontières -
La mobilité scolaire en Ontario
Par Sonia Del Missier
Directrice des études, Collège Cambrian
Membre du Groupe de travail sur la mobilité et la transférabilité, ACCC
Historiquement, les collèges et les universités de lOntario ont, à
toutes fins pratiques, opéré dans lisolement les uns des autres. Les diplômés
des collèges désirant poursuivre leurs études au niveau universitaire faisaient face à
des barrières et à une vive résistance lorsquils tentaient dobtenir une
reconnaissance juste et appropriée de leurs crédits collégiaux. Tout transfert de
crédits était effectué sur une base très informelle, au cas par cas. Bien que le
secteur de léducation, le gouvernement, le milieu des affaires et les industries
aient été témoins du problème et adhéraient à la vision dun système
déducation sans frontières en Ontario, la route menant à la réalisation de ce
concept na pas été sans embûches et sans détours.
LOntario a été plus lente que toutes les autres provinces à
reconnaître limportance du problème de la transférabilité des crédits.
Cependant la transférabilité et la mobilité ont pris une importance beaucoup plus
grande auprès des éducateurs des collèges au cours de la dernière décennie et de
nombreuses études et consultations ont été menées en ce sens. Par exemple, Vision
2000 des Collèges darts et de technologie appliqués (1990), Non aux
impasses du ministère de lÉducation et de la Formation, ainsi que les
recommandations des collèges au Conseil consultatif sur léducation postsecondaire
(1996) pressaient le gouvernement provincial de créer une vision dune éducation
postsecondaire en mesure de fournir les ressources humaines qualifiées nécessaires à
lavancement de la compétitivité de lOntario au sein de léconomie
mondiale.
À proprement parler, certains progrès ont été faits. Il est juste de dire
que la plupart, sinon tous les collèges, ont une forme dentente de collaboration
plus ou moins formelle avec des universités ontariennes. Dans la majorité des cas, ce
sont des ententes entre un collège et une université au niveau local. Les ententes
darticulation de programme, de partage des installations et de programmation
conjointe sont les types de collaboration les plus fréquents.
Par exemple, Nipissing University et le Collège Canadore (North-Bay, Ontario)
ont créé un nouveau programme de diplôme conjoint - le premier en son genre au Canada.
Le nouveau programme de quatre ans intitulé Business of Applied Technology démontre
laptitude des deux établissements à fournir aux diplômés les compétences
nécessaires pour trouver un emploi sur un marché du travail qui change rapidement. Les
étudiantes et étudiants de ce programme combiné étudieront linformatique pendant
deux années au Collège Canadore, puis suivront deux années de cours en sciences et en
sciences de lenvironnement à Nipissing University.
Plus au sud, on trouve une autre réussite du genre. Le ministère provincial de
lÉducation et de la Formation a annoncé récemment sa décision doffrir un
financement dépassant les 5 millions $ aux universités Trent et York pour
offrir des programmes universitaires à Durham College. Cet investissement, qui sera
alloué sur une période de quatre ans, vise à démontrer de façon concrète comment les
collèges et les universités de lOntario peuvent travailler étroitement ensemble
et réussir.
À Sudbury (dans le Nord de lOntario), le Collège Cambrian et
lUniversité Laurentienne ont signé une entente de partenariat de cinq ans en 1992.
Au cours de cette période, un certain nombre dententes darticulation axées
sur des programmes spécifiques ont été signées. Lors du renouvellement de
lentente en 1997, les deux établissements ont lancé conjointement une campagne de
promotion qui mettait en valeur les avantages dune formation collégiale ET
universitaire. Les deux établissements finalisent actuellement les plans visant à offrir
un programme de diplôme conjoint : un baccalauréat en beaux-arts.
Dautres initiatives de collaboration sont encore beaucoup plus concrètes
et visibles. Par exemple, Seneca College à North York, construit actuellement un campus
sur les terrains de lUniversité York. On espère ainsi que Seneca et York ne
partageront pas seulement les installations - gymnases, librairies, cafétérias - mais
aussi le coût élevé de la technologie. LUniversité York a aussi décidé de
faire équipe avec Sheridan College (à Oakville) pour offrir un nouveau programme
conjoint de design. Les étudiants apprendront la théorie et lhistoire du design et
en apprendront les applications pratiques par le biais dun stage en entreprise.
Après quatre ans, les étudiants recevront leur diplôme collégial et universitaire!
Dans le but daccélérer ces mouvements de collaboration, le ministère de
lÉducation et de la Formation a annoncé en 1996 la création du College-University
Consortium Council (CUCC). Mandaté pour faciliter, promouvoir et coordonner les
activités déducation et de formation conjointes dans les 25 collèges et les 18
universités de lOntario, le CUCC a financé un certain nombre de programmes de
formation avancée en vue de promouvoir la collaboration et les partenariats entre les
collèges et les universités de lOntario. Le CUCC a de plus parrainé un symposium
en février 1998 pour présenter un rapport des progrès dans ces projets de collaboration
et a préparé des études importantes mettant en lumière les mouvements des étudiants
dans toute la province.
Malgré ces réussites et les efforts concertés pour aller de lavant et
systématiser la collaboration, il reste de nombreux obstacles. Il y a toujours une
réticence de la part des universités à collaborer avec le secteur collégial pour
établir un système déducation plus ouvert entre universités et collèges.
Malgré la grande importance accordée aux questions de mobilité et de transférabilité,
beaucoup de personnes dans le secteur de léducation croient que sans
lintervention du gouvernement, cette vision dun cheminement sans frontières
en éducation ne dépassera pas le stade de la simple vision.