Volume 4, Numéro 1, 1998/1999
Table des matières
L'apprentissage
n'a pas de frontières
Par Lenore Burton
Commission canadienne de mise en valeur de la main-doeuvre
Membre du groupe de travail sur la transférabilité et la mobilité de lACCC
Le concept de l « apprentissage continu » est souvent invoqué
mais il est rarement pris en compte lorsque vient le moment délaborer des principes
directeurs. Comment faut-il sy prendre pour développer une culture de
lapprentissage qui réunit les intérêts des individus, des entreprises et des
établissements denseignement?1 Depuis la publication du rapport du
Groupe de travail sur la transition vers lemploi, la Commission canadienne de mise
en valeur de la main-doeuvre (CCMMO) sest employée à examiner les nombreuses
questions que soulève lidée de créer un « système de formation qui
détermine convenablement les besoins de formation, rend la formation adéquate,
disponible et accessible ... et reconnaît les connaissances acquises lors de cours de
formation, les antécédents professionnels et les expériences de vie. »1
Parmi les 14 millions de personnes qui forment la main-doeuvre canadienne,2
il y en a des centaines de milliers qui acquièrent chaque année dimportantes
connaissances et compétences grâce aux programmes fournis par leurs employeurs. Plus de
la moitié des cours de formation destinés aux adultes, de même quun programme
denseignement sur six, sont soutenus par des employeurs3. En 1993-1994,
les employeurs ont, en effet, consacré plus de 5 milliards de dollars à la formation
professionnelle de leurs employés.4 Malgré cet important investissement et en
dépit du fait que de nombreux employés acquièrent ainsi dimportantes
connaissances et compétences, il existe encore un nombre élevé de travailleuses et de
travailleurs qui nont pas de titres de compétence adéquats. Lors dun
sondage, 71% des travailleuses et travailleurs ont indiqué quils aimeraient suivre
une formation postsecondaire quelconque au cours des cinq prochaines années.
Mondialement, il est de plus en plus reconnu que l« apprentissage
na pas de frontières » et que les pays et les organismes qui choisissent de
ne pas accorder toute limportance voulue à ce principe le font à leurs risques et
périls. Sans une main-doeuvre pleinement compétente et capable dapporter une
contribution valable à la croissance économique nationale, des pays comme le Canada ne
pourront plus jouer un rôle prépondérant sur la scène mondiale. Le groupe
démographique le plus important au sein de la main-doeuvre canadienne est né
autour de 1961.6 Étant donné que ces personnes ont encore 22 années de vie
professionnelle devant elles, il faudra absolument leur offrir la possibilité de mettre
à jour leurs compétences. Un éducateur affirmait dernièrement qu « à
lère de linformation, lapprentissage continu nest plus un
objectif souhaitable, mais bien une nécessité pratique. »7 Face à cette
nécessité, lévaluation et la reconnaissance des acquis (ERA) et de la formation
acquise en milieu de travail soffre comme une solution importante, bien que
partielle.
La CCMMO étudie présentement la faisabilité dun service qui permettrait
aux employés dobtenir, pour la formation quils ont reçue en milieu de
travail, des crédits rattachés aux programmes scolaires, professionnels et de métiers
offerts dans les collèges, les universités et dautres établissements
denseignement et de formation. Bien que certains employeurs entreprenants et des
conseils sectoriels aient déjà conclu des ententes visant la reconnaissance de la
formation en milieu de travail avec certains collèges, ces cas demeurent relativement
isolés.
Outre lobjectif dassurer la position concurrentielle du Canada dans
une économie axée sur le savoir, il y a deux autres bonnes raisons pour redoubler
deffort sur le plan de la reconnaissance des acquis et de la création dun
système déquivalence pour la formation en milieu de travail : à savoir la
composition démographique de la main-doeuvre canadienne et notre proximité avec
les États-Unis. Des modalités de reconnaissance et déquivalences existent déjà
aux États-Unis, dans le cadre du American Council of Education Credits Program. Pour les
Canadiennes et Canadiens qui vivent et qui travaillent près de la frontière américaine,
la possibilité dobtenir un diplôme ou un grade dans un collège américain - et de
le faire plus rapidement et à moins de frais que dans un collège canadien - est parfois
très attrayante. La formation technique offerte par la société GM est essentiellement
la même, quelle soit dispensée aux États-Unis ou au Canada. Le Upper Empire State
College reconnaît la formation offerte par GM : pourquoi les collèges de lOntario
ne feraient-ils pas de même? Lorsque les employeurs recrutent de nouveaux employés ou
accordent des promotions, ils attachent de limportance aux titres de compétence des
personnes, mais ils ne se préoccupent pas outre mesure de lendroit où ces titres
ont été obtenus.
Lorsque le « mouvement ERA » a commencé au Canada vers le début
des années 1980, la reconnaissance des acquis était considérée comme une question
essentiellement éducative. Aujourdhui, ce nest plus le cas. Bien que
lERA soit perçue dans certains milieux comme un moyen dobtenir des crédits
scolaires, elle ne se limite pas à cette application. Heureusement pour nos
établissements denseignement formel, lobtention dun grade ou dun
diplôme est encore considérée comme quelque chose de souhaitable au Canada, même si
lévaluation basée sur les compétences trouvent de plus en plus dadhérents.
Vers le début des années 1980, lERA était aussi perçue comme une question qui
intéressait surtout les collèges. Étant donné la nature de leurs programmes, les
collèges étaient, forcément, plus axés sur les intérêts des employeurs. Il est donc
tout à fait approprié que les collèges reconnaissent maintenant le nombre croissant de
programmes de formation de qualité qui sont parrainés par des employeurs, de même que
les compétences des employés qui ne possèdent pas de titres formels.
Si le Canada avait un service pour évaluer la formation en milieu de travail et
accorder des équivalences pour cette formation, cela encouragerait les travailleuses et
les travailleurs à reprendre les études afin dobtenir des titres de compétence et
permettrait, du coup, de développer des liens plus étroits entre les collèges et les
employeurs. Tous les ans, plus de trois millions de Canadiennes et de Canadiens changent
demploi.8 Avec tout ce mouvement, il est important dindiquer à la
main-doeuvre canadienne quelle est la bienvenue dans les collèges
communautaires partout au Canada.
1. Assembler les pièces du casse-tête : Pour un système cohérent de
transition vers lemploi au Canada. Rapport du groupe de travail sur la
transition vers lemploi, préparé pour la Commission canadienne de mise en valeur
de la main-doeuvre; Commission canadienne de mise en valeur de la
main-doeuvre, 1995.
2. Renseignements fournis dans le site web de Statistique Canada, mars 1998.
3. Sondage sur léducation et la formation des adultes, 1994.
4.Selon les estimations, les employeurs ont consacré 5 922 700 000 $
à la formation professionnelle en 1993-1994. Ce chiffre ne comprend pas dautres
types déducation et de formation offerts par les entreprises et lindustrie,
ni lenseignement offert dans le système denseignement public canadien.
Calculs de Susan Simosko Associates, mars 1998.
5. Ekos Research Associates Inc. Public Views of the Knowledge-based Economy, 1997, pp.
12-14.
6.. Foote, Boom, Bust and Echo, MacFarlane, Walter and Ross, Toronto, 1996, p. 19.
7. A Nation Learning: vision for the 21st Century. Commission for a Nation of Lifelong
Learners. American Council on Education, novembre 1997.
8. Assembler les pièces du casse-tête : Pour un système cohérent de transition
vers lemploi au Canada. Rapport du groupe de travail sur la transition vers
lemploi, préparé pour la Commission canadienne de mise en valeur de la
main-doeuvre; Commission canadienne de mise en valeur de la main-doeuvre,
1995.